Qui est Henda Ayari ?
Après avoir connu la radicalisation islamiste et plusieurs formes de maltraitances durant sa vie ; Henda est devenue aujourd’hui auteur et conférencière, engagée pour les droits des femmes.
Elle partage son histoire et ses valeurs de liberté, laïcité et égalité, afin d’inspirer les femmes victimes de siècles d’obscurantisme et de misogynie.
Elle a fondé l’association Libératrices en partant du constat qu’aucun organisme de soutien n’existait, lorsqu’elle même en avait besoin.
Son histoire
Le parcours d’Henda a longtemps ressemblé à une fuite en avant : cherchant à quitter la maltraitance, elle s’est tournée, par manque de recul et sous la pression, vers d’autres griffes parfois encore plus dangereuses.
Mauvais départ
Issue d’un mariage forcé entre une mère d’origine tunisienne et un père algérien, Henda née à Rouen le 4 décembre 1076,1976.
Durant son enfance, elle subit les maltraitances physiques et psychologiques d’une mère qui l’a programmé à la soumission.
Suite au divorce de ses parents, son père, est peu présent dans la vie d’Henda.
Victime de plusieurs agressions sexuelles durant son enfance, Henda grandit avec la peur du regard des hommes et un sentiment d’exclusion de la part de sa propre famille mais également du reste de la société, Un sentiment de discimination et les diverses injustices qu’elle subit l’a poussent à se poser des questions existentielles sur le sens de la vie.
La peur de la société et les différentes failles affectives de Henda la fragiliseront et conduiront dans la pratique de l’Islam, la religion de ses parents.

L’effondrement des repères
A 17 ans, toutes ces fondations déjà très fragiles sur lesquelles Henda tente de se construire, s’écroulent lorsqu’elle perd son pilier protecteur : sa cousine.
Henda, trouve alors du réconfort dans le Coran, et se réfugie de plus en plus profondément dans la quête d’un absolu spirituel et religieux, jusqu’à intégrer une communauté salafiste qui lui présente son futur époux.
Nouvelle vie, nouveau bourreau
C’est ainsi qu’à 21 ans, durant des vacances en Tunisie, elle subit un mariage imposé avec un homme d’origine tunisienne qu’elle ne connait pas.
Rapidement enceinte, elle se trouve piégée dans une spirale infernale.
Son mari lui impose de porter le Jilbab et le niquab, et l’enferme dans une nouvelle vie sans ressources à Roanne, chez ses parents.
Il l’isole de ses amis, de sa famille, de ses études et lui interdit de sortir seule.
Henda est assignée à domicile, et son rôle ne consiste plus qu’à servir son foyer, engendrer des enfants et leur enseigner les préceptes salafistes.
Le déclic
Après 10 ans d’asservissement, lorsque Henda réalise que le même sort menace ses enfants : le Jihad pour ses deux fils et le mariage forcé pour sa fille, c’est le déclic.
Le 26 juin 2006, elle s’enfuit à Rouen, sa ville natale, avec ses trois enfants et se retrouve à nouveau isolée, dans de graves difficultés financières.

Doutes et rechutes
Alors qu’elle est hospitalisée en 2009, en raison d’un burn-out et de divers problèmes de santé, Bachir, le père de ses enfants, dont elle est divorcée depuis 2007, lui reprend leur trois enfants refusant de la laisser les voir ou leur parler. Celui-ci fait croire à ses enfants que leur mère les a abandonné.
Henda est ainsi privée de tout contact avec ses enfants pendant deux ans.
Totalement désespérée par la perte de la garde de ses enfants, Henda sombre dans la dépression, puis décide de se confier à une assistante sociale pour demander de l’aide. Celle-ci conseillera à Henda de retirer son voile pour pouvoir trouver plus facilement un emploi afin d’avoir les fiches de salaires nécessaires pour l’obtention d’un logement, ce qui lui facilitera la demande de garde de ses enfants. Chose faite, après avoir retiré son voile, Henda se réinsère dans la société après avoir trouvé plusieurs emplois qui lui permettent d’avoir les fiches de salaires nécessaires pour obtenir un logement et retrouver la garde de ses enfants en 2011. Henda intégrera la formation de greffière en 2012 mais sera licenciée en décembre 2013 durant un arrêt maladie, un licenciement qu’elle estime abusif et discriminatoire.
Durant l’année 2010, Henda entre en contact avec Tariq Ramadan afin de lui poser des questions sur la manière dont elle doit concilier l’islam avec la vie moderne occidentale en tant que mère célibataire. Malheureusement, l’homme qu’elle considérait comme son idole et son guide spirituel après avoir quitté le salafisme lui fera subir un vil en 2012. Pour plusieurs raisons Henda gardera le silence jusqu’en octobre 2017. Le grand mouvement #MeToo, qui symbolise la libération de la parole des femmes porté par l’affaire Weinstein, pousse Henda à parler et à raconter ce qu’elle a subit pour dénoncer les abus sexuels et le viol qu’elle a subit.
L’affaire est très médiatisée étant donné que le prédicateur, petit-fils du fondateur de l’organisation des Frères Musulmans, Hassan El Bannah est célèbre et bénéficie de nombreux soutiens dans la communauté musulmane.
Henda reçoit de nombreux messages d’intimidations, de menaces de mort, elle est agressée dans la rue à plusieurs reprises mais malgré les difficultés, elle est pleinement engagée dans le combat contre l’islamisme et œuvre en faveur de la défense des droits des femmes.
Fondation de l’association Libératrices
En mars 2015, Henda fonde l’association « Ambition Femmes Actives » qui deviendra en 2016, l’association “Libératrices”, destinée à soutenir les droit des femmes.
L’électrochoc
En novembre 2015, choquée par les attentats terroristes qui ont frappé Paris, elle décide de rompre définitivement avec le salafisme.
Elle publie deux photos d’elle, l’une voilée en salafiste, l’autre tête nue, accompagnées d’un long texte où elle dénonce les dérives de la secte salafiste qui broie les femmes.
Son témoignage déclenche un véritable soulèvement de réactions sur les réseaux sociaux.
Mais…
Parallèlement à cette vive polémique, aux insultes et menaces de mort, Henda reçoit aussi, plus discrètement, des milliers de demandes d’aides de femmes en proie au doute et à la peur, désireuses de l’imiter et de se libérer à leur tour.

Une conséquence inattendue de la campagne #MeToo
Le 20 octobre 2017, portée par la vague de libération de la parole de milliers de femmes sur les réseaux sociaux, dans le cadre de la campagne #MeToo (« #Balance ton porc ») suite à l’affaire Weinstein, Henda révèle l’identité de son agresseur, masquée jusqu’alors par un pseudonyme dans l’un de ses livres.
Ainsi elle est la première des cinq femmes à porter plainte contre le Prédicateur islamiste Tariq Ramadan.
Le dépôt de plainte fait suite au viol subi en mai 2012, mais pour laquelle Henda avait dû garder le silence en raison de menaces de mort pesant sur elle et ses enfants.
Le 2 février 2018, Tariq Ramadan est mis en examen et écroué, et placé 9 mois en détention provisoire.
Depuis sa plainte, Henda Ayari est régulièrement victime de menaces, pressions, d’une campagnes de diffamation publique, harcèlement de la part des nombreux soutiens du prédicateur.
Henda a été victime de plusieurs agressions, cambriolage, a été suivie à plusieurs reprises dans la rue, reçoit régulièrement des messages d’insultes, menaces de mort, chantage, pression psychologique,… et plusieurs plaintes ont été déposées.
Henda Ayari, la femme aux multiples vies
Henda partage son parcours atypique pour inspirer les femmes victimes de maltraitances et emprisonnées dans le silence, dans deux livres :
Editions Flammarion – Paru le 2 novembre 2016
“J’ai choisi d’être libre. Rescapée du salafisme”
«J’ai décidé d’écrire comme on livre un combat.
Ce combat, je le mène en France depuis 2006, date à laquelle j’ai réussi à fuir le mouvement sectaire qui me détruisait peu à peu : le salafisme. Ce courant religieux fondamentaliste prône un retour à «l’islam des origines» et rejette les valeurs de notre République. Mon combat, longtemps mené dans l’ombre, est devenu public en 2015, le jour où j’ai publié deux photos de moi sur ma page Facebook.
Sur la première, j’ai la vingtaine, je suis vêtue d’un immense voile noir, le jilbab, ma tenue habituelle. J’ai l’air perdu.
Sur la deuxième photo, toute récente, je porte un pantalon et une petite veste élégante sur un tee-shirt. Je suis tête nue. J’ai l’air heureux.
J’ai accompagné ces deux photos d’un long message : j’y explique mon ancienne vie de salafiste, et comment je me suis libérée de cette prison. J’ignorais alors que ces photos et ces écrits allaient chambouler ma petite vie tranquille. Ma page Facebook se mua en champ de bataille. Des milliers de personnes se l’appropriaient. La plupart utilisaient mes photos pour s’insurger contre l’extrémisme religieux et l’oppression des femmes, mais d’autres m’insultaient et me menaçaient.
Alors, j’ai décidé de me raconter, sans fard et sans fioritures. De dire mon parcours, mes faiblesses, mes erreurs, mes joies et mes victoires. Parce que mon expérience du salafisme en France, mon voyage au cœur de l’enfer, est celui de trop nombreuses femmes, enfermées dans leurs voiles, niées dans leur féminité, victimes de la violence et de la perversité d’une organisation religieuse et sectaire qui les broie. C’est d’abord pour elles, ces femmes, mes sœurs, que j’écris, pour qu’elles sachent que la révolte est une solution et qu’il est possible de dénoncer l’hypocrisie et la brutalité qui animent trop souvent les défenseurs de ces intégrismes religieux.»
Editions de l’Observatoire – Paru le 6 juin 2018
“Plus jamais voilée, plus jamais violée”
« Le 20 octobre 2017, je prends une décision qui va bouleverser ma vie : je dénonce mon agresseur, Tariq Ramadan, sur les réseaux sociaux. Je me doute que je prends des risques. Je n’imagine pas déclencher une telle tornade. Mais je ne veux plus me taire.
Pour beaucoup d’hommes, à l’instar de Tariq Ramadan, si une femme est violée, c’est qu’elle l’a bien cherché. C’est contre cette alternative monstrueuse que j’ai décidé de me battre, moi qui suis passée par toutes les formes de maltraitance qu’une femme puisse subir.
Une guerre se déroule sous nos yeux, que beaucoup refusent de voir et d’entendre. Elle utilise le voile et les femmes qui le portent comme des instruments de conquête politique. Ses fantassins, recrutés parmi les salafistes et les Frères musulmans, détestent la France et ses valeurs. Le voile est un des moyens de manifester leur hostilité, pour ne pas dire leur haine.
Alors que dans plusieurs pays musulmans, des femmes se battent pour leurs droits au péril de leur liberté, voire de leur vie, comment peut-on, en France, manifester la moindre complaisance vis-à-vis du prosélytisme exercé par les islamistes ? Complotisme, chantage à l’islamophobie, antisémitisme de moins en moins dissimulé menacent désormais notre art de vivre et notre démocratie. Je brise aujourd’hui l’omerta, parce que la France ne mérite pas de tomber aussi bas. Il est temps de se relever, tous ensemble ! »
2017 : La reconnaissance
Depuis la fondation de l’association Libératrices, Henda multiplie les conférences et diverses allocutions auprès des établissements scolaires, associations, médias,… en France et dans le monde (Etats-Unis, Thaïlande, Suisse, Suède, Grande-Bretagne,..)
Elle partage son histoire et ses valeurs de laïcité, de liberté et d’égalité dans un but d’information et de prévention.
En décembre 2017, le New York Times a classé Henda Ayari parmi les 11 femmes les plus puissantes du monde en 2017.
Aujourd’hui, Henda met son combat au service des femmes afin qu’elles ne se perdent pas dans de fausses croyances, convaincue que le salut passe par le savoir.

