Je suis née en 1961 dans un département d’outre-mer français. Expatriée en France métropolitaine en 1980 par le Bumidom, j’ai fini par m’installer en région parisienne pour trouver du travail, je ne voulais  retourner dans mon île qu’après avoir une situation.

En 1984 j’ai rencontré un maghrébin que j’ai aimé par-dessus tout, avec qui j’ai vécu 30 années de ma vie et dont j’ai 5 enfants.

Depuis cette rencontre, je me suis retranchée de la société en me séparant du peu d’amis que j’avais ainsi que les membres de ma famille que je côtoyais à ce moment-là et qui étaient vite devenus pour notre couple sujets à dispute.

Il m’a même coupée du monde du travail en usant de ruses sournoises pour que je ne m’y rende pas plusieurs jours de suite, si bien que j’ai moi-même fini par y renoncer Je me retrouvai seule avec lui et notre vie devenait limitée entre la maison, les courses et plus tard l’école des enfants.

Dès le début de ma vie conjugale, je me suis perdue dans une vie qui ne m’appartenait pas vraiment, j’obéissais à la lettre aux commandes de mon mari, je vivais par procuration d’une autre personne qui avait subtilisé ma personnalité. Il a fait de moi la femme en adéquation avec ses convictions et m’a rebaptisée religieusement, je partageais sa vie, donc je devenais à lui.

Je portais le prénom qu’il m’avait choisi tous les jours depuis que j’avais mis les pieds chez lui. (Mes enfants eux-mêmes n’ont connu mon véritable prénom que lorsqu’ils étaient assez grands pour savoir remplir les papiers de formalité à l’école).

Au début de notre relation amoureuse je suivais scrupuleusement ses consignes et me complaisais dans ce rôle car je l’aimais vraiment, donc je m’identifiais du mieux possible à la femme qu’il désirait, croyant alors en une alternative de le rendre plus doux, aimant et souple dans ses agissements.

J’y croyais fortement donc je persistais. J’ai toujours fait de mon mieux dans l’honnêteté la plus absolue afin de n’avoir jamais rien à regretter, parfois à mes dépens. Pourtant, la vie devenait de plus en plus restreinte et les contraintes plus difficiles à gérer avec les enfants qui prenaient de l’âge.

A plusieurs reprises je suis partie de la maison pour fuir ses pressions mais je n’ai jamais pu rester plus de 2 mois à l’extérieur car je n’acceptais jamais la séparation d’avec mes enfants et ça devenait compliqué puisque, comme il m’avait isolée, je n’avais personne sur qui m’appuyer.

 A chaque fois que je retournais à lui, tout allait bien pendant 2 mois puis ça empirait, les conditions durcissaient.

Fin 2013 je prépare définitivement mon départ de la maison.

Le 24 janvier 2014  je dépose une demande de divorce au TGI du département.

Ce même jour, avant de partir je pose une main courante au commissariat de mon domicile conjugal tellement j’ai peur de la réaction du père de mes enfants. 

J’ai aussi laissé une lettre de rupture afin qu’il ne pose pas d’avis de recherche et surtout parce que je pensais vraiment que je devais encore quelque chose à cet homme à qui j’avais donné les plus belles années de mon existence et qui avait littéralement volé et détruit jusqu’à mes sentiments profonds de femme, de mère et aussi d’humaine que je suis.

Depuis, rapatriée dans mon île natale j’ai fini par décrocher un CAE pour 4 ans, je me débats à rester en vie avec un salaire de misère, 600 euros par mois pour un contrat aidé…

 Toujours très peu sûre de moi, j’ai dû faire nombre d’efforts pour me trouver et rester dans une situation correcte.

Je me suis refait une santé, j’ai arrêté de croire en quoi que ce soit hormis en l’entité en qui j’ai mis ma confiance et que j’ai toujours appelé Dieu, car je sais que c’est Lui qui gère mon existence et me donne la santé et les moyens d’exister.

Dans ma tête je ne suis pas athée contrairement à ce que continue à le certifier mon ex, car tous les soirs je m’adresse à Dieu pour le remercier de la journée qu’il m’accorde et chaque matin je Lui demande sa protection pour ne pas sombrer dans les fadaises quotidiennes.

Je n’ai pas d’amis ou très peu car je n’arrive pas à avoir de lien profond avec des gens à qui je pourrais confier.

Maintenant que j’ai retrouvé ma personnalité, je peux compter sur certains membres de ma fratrie mais je n’arrive pas à réellement faire confiance aux personnes que je côtoie. Cependant j’ai appris à tirer parti des gens biens, à profiter de ceux qui pensent m’utiliser à leurs dépens et à saisir les occasions qui me sont offertes pour avancer dans la mesure du raisonnable.

Même avec mes 57 ans, j’ai des ambitions mais rares sont celles que j’arrive à mener à terme, l’accès à mes objectifs est trop onéreux et les moyens financiers me font défaut.

A mon arrivée dans mon île, je me suis fait assister pour m’en sortir.

Tributaire de mon ancienne vie, n’ayant pour repère que ma vie familiale, celle-ci m’a beaucoup manqué, surtout mes enfants.

J’ai beaucoup écrit mes sentiments dans un journal intime pour me sortir de cette entrave dont je n’arrivais pas à me séparer, malgré cette affectivité impartiale je n’ai pas vraiment réussi à sortir de cette doctrine enchevêtrée dans mon esprit. Je ne comptais plus pour moi, je ne trouvais aucun refuge où abriter mon vécu et aucune oreille pour écouter mon histoire si lourde que je voulais tant partager.  

J’ai donc fini par consulter un psy pour me libérer de ce lourd fardeau que m’incombait la liberté que je croyais avoir payée de ces trente années de vécu difficile.

A force d’en raconter les étapes les plus compliquées, j’ai réussi à me déculpabiliser de cette masse qui m’oppressait.  

Après cette étape j’ai fini par faire la paix avec ma séparation, mais il m’a fallu une année pour m’accepter, et redevenir quelqu’un.

Je suis redevenue coquette dès mon retour dans ma famille de naissance, à 54 ans, j’ai recommencé à m’occuper de moi, j’ai appris à aimer mon corps et à en prendre soin, je me suis mise à faire du sport et  je m’adonnais avec plaisir à la marche.  

J’ai vécu trop longtemps dans l’ascétisme mais je pense que je commence à voir le bout du chemin.

Le 03 mai 2019 j’ai reçu le rendu du jugement de divorce, confirmé depuis, mais je n’ai pas encore l’impression d’en avoir fini. 

Pour sûr ça n’arrangera jamais la réfection de mon MOI et ne réparera jamais les dégâts laissés entre mes enfants et moi.

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