Bonsoir, je me présente, je m’appelle D…, j’ai 22 ans, j’habite en Algérie, à Alger plus exactement, j’ai eu un échange avec Henda sur Facebook où je lui ai raconté un peu mon vécu.

Je suis étudiante en L3 littérature Française à l’université d’Alger.

Avant cela, à l’âge de 5/6 ans, j’étais une enfant « ordinaire » on va dire, je grandissais comme tout le monde, sauf que, contrairement aux autres enfants, je subissais quelques attouchements de la part de mon propre cousin maternel, c’était à une époque où, ma tante maternelle venait nous prendre ma mère et moi pour une sortie, ou bien au centre commercial, et elle ramenait son fils qui avait 9 ans de plus que moi, donc, j’avais 5 ans, il en avait 14.

Croyant que c’était seulement mon cousin, ma mère et ma tante nous laissait à l’intérieur de la voiture pour aller vaquer à leurs courses, sauf que, une fois seuls, il essayait de toucher mes cuisses, à 5 ans, j’étais naïve, je ne connaissais rien, je disais seulement que ce n’était pas bien.

C’est difficile pour moi d’en parler, car, à ce jour, aucun membre de la famille n’est au courant.Donc, il continuait à toucher ma cuisse, je me souviens qu’un jour, je portais un short bleu, il essayait de le soulever afin qu’il atteigne le haut de ma cuisse, je ne cessais de dire « ce n’est pas bien de faire ça », mais au lieu d’arrêter, il a continué, des bisous par ci, des câlins par là, tantôt le cou, tantôt la joue, jusqu’à arriver à la bouche, je pleurais à chaudes larmes, une fois ma mère et ma tante revenues, je n’avais prononcé plus aucun mot, et depuis, j’ai gardé ce secret rien à qu’à moi.

Je vous laisse imaginer un peu le calvaire que je subissais en le voyant des années après, 8…9…10..12..13…14 ans.

Vers l’âge de 14/15 ans, j’étais une ado mal dans sa peau, j’étais différente des autres, car j’avais des kilos en trop dus à mon traitement, j’étais vraiment mal dans ma peau, née dans une famille demi-ouverte d’esprit, mais demi-conservatrice aussi et stricte (des parents de l’ancienne école, ma mère était professeur de français, donc le régime assez sévère d’avant).

Je n’avais pas le droit d’être comme les filles de mon âge. A 14 ans, je devais me « cacher » et cacher mes formes, car je grossissais à vue d’œil, je développais des formes assez vite, et plus que la normale (plus que mes camarades de collège).

Donc, à cette époque, j’étais une fille basique, à toujours traîner en converses, jean et pull, cheveux en queue de cheval, sauf que, en prenant du poids, ma tante maternelle ne cessait de me faire des remarques assez blessantes, du genre tu as grossi, tu dois cacher ceci ou cela, va faire un régime, tu devrais porter des liquettes au lieu des pulls, tu auras des soucis plus tard…

Vu mon caractère, j’étais facilement influençable et je croyais tout le monde…

L’idée du Hidjab ne me quittait plus, je commençais à m’y intéresser de plus en plus, d’autant plus que je ne me supportais plus avec mes kilos en trop, et l’image de la scène d’avec mon cousin ne cessait de refaire surface, je commençais petit à petit à « m’arabiser ». Je rappelle que, dans ma petite famille (parents, frère et frangine) nous sommes beaucoup plus Francophones qu’Arabophones.

Je commençais à regarder des vidéos sur Youtube, à publier des versets Coraniques sur mon profil Facebook, des Douâas en Arabe, à publier des photos sur l’Islam par ci par là, pire encore, j’étais même devenue administratrice d’une page Islamique où on devait publier chaque jour des rappels sur la religion, le Coran, etc… au grand bonheur de mon voisin du quartier en qui, j’avais des sentiments à l’époque.

Ses 2 frangines étaient voilées, et je voulais tellement qu’il me remarque, car, en discutant avec lui, j’ai su qu’il préférait les filles voilées, donc je voulais tout faire pour qu’il me remarque, et c’était réussi.

Dès lors, j’ai commencé à acheter des foulards sans arrêt, j’étais devenue accro.

Je limitais la musique, je téléchargeais des Anashid « chants Islamiques sans musique » des cours sur l’Islam, je refusais de parler aux garçons, je limitais mes amis, j’étais dans une bulle où, quelqu’un qui s’attaquait à ma religion, je l’insultais et le remettais à sa place..

Je ne sortais plus au balcon sans foulard, je n’allais plus aux mariages car je ne voulais plus écouter la musique.

J’avais directement porté le voile intégral (les longues robes avec le foulard).

En le mettant, les pros Hidjab et compagnie, à savoir ma tante, quelques cousins me félicitaient en me disant que j’avais directement ma place au Paradis, que j’avais fait honneur à la religion et fait plaisir à Dieu, que ma frangine devait faire pareil, car je servais de modèle !

Ma mère et ma frangine n’ont jamais mis le voile, et ne le portent toujours pas.

Donc en le mettant, je me sentais très heureuse, mon voisin ne cessait de me faire des éloges, on était devenus une sorte de « secte » où, tout le temps sur Facebook, on s’envoyait des trucs concernant la religion, j’étais tellement conne et butée.. Mon père, en me voyant décidée à le porter m’avait dit « j’espère que tu ne le regretteras pas, profite de ta jeunesse, tu n’as que 16 ans ».

Certes, j’ai des parents un peu stricts, mais ils n’iront pas jusqu’à violer la liberté de leurs enfants.

Je continuais mon bout de vie de lycéenne, car, en le mettant, je venais de faire mon entrée au lycée, j’avais retiré toutes mes photos de Facebook, je ne saluais plus mes camarades par « Salut.. bonsoir, coucou…etc » mais bien par Salam Alaykoum, Masha’Allah…

Rien que d’y penser, j’en ai froid dans le dos.
Je revois mes anciennes photos avec le voile, je me dis « comment ai-je pu…, qu’est-ce que je ressentais à cette époque-là ? «

Première année au lycée validée, 2e année aussi, début de ma terminale, je commençais à « patiner » un peu.

Je commençais par retirer le voile intégral, à remplacer les longues robes par des pantalons, à sortir au balcon sans voile, je commençais à aller aux mariages avec une longue robe, et une fois à l’intérieur, je retirais mon foulard, au grand étonnement de ma famille, certains étaient contents, d’autres non…

Une fois le BAC en poche, je n’en pouvais plus, ma terminale était affreuse, entre le décès de mon grand-père, puis de ma grand-mère, j’avais besoin de souffler, je suis allée passer des vacances en Kabylie chez mon oncle, mon cousin maternel (le frère de celui qui m’a embrassé à l’âge de 5 ans) n’a pu supporter le fait que je sois en jupe, est venu chez mon oncle et avait failli me gifler.

C’était là où la guerre était déclarée entre lui et moi, on ne se supportait plus…

1ère année de la fac, avec ma meilleure amie, on profitait de nos journées libres, ou bien des vacances, on sortait prendre l’air, et c’est là que mes escapades de « bonheur » avaient commencé !

J’ai une tante qui habite à Alger-centre, je profitais de ce moments là où, une fois on quittait le quartier, je rentrais à l’immeuble de ma tante, je retirais mon voile, et on continuait notre route..

C’était un sentiment indescriptible, à la fois heureuse, libérée, mais aussi terrifiée et choquée,
car je me disais que, si je venais à croiser un oncle ou un cousin, je suis morte !

Les sorties se succédaient, ma meilleure amie qui est non voilée, voyant que je commençais à avoir des couleurs, et à revivre, faisait son possible pour venir avec moi, c’était encore et toujours la même routine, une fois le quartier dépassé, le même chapitre, ça devenait habituel, j’y prenais goût, je me souviens que, une fois dehors, cheveux en l’air, je disais à ma copine que je ne sentais plus mes pieds, que je ne savais plus si j’avais les pieds sur terre, le vent sur mes cheveux, mon cou, c’était une sensation étrange pour moi, je me sentais heureuse, mais à la fois sale !

J’avais peur qu’on se moque de moi, j’avais encore et toujours l’image de ma tante, de mon cousin, et l’Islamisme qui prenait de l’ampleur à Alger, d’ailleurs, à ce propos, je me rappelle qu’une fois dans un métro, ma mère, ma frangine et moi, le métro était bondé de monde, des femmes à 90% toutes voilées, nous non, certains hommes nous dévisageaient et nous lançaient « allez mettre le voile, vous faites honte ».. et c’était ainsi à chaque fois qu’ils avaient l’occasion !

En sortant avec ma copine, mon bonheur n’était que de courte durée, car, même si j’avais les cheveux au vent, j’apprenais à me maquiller, à prendre soin de moi, j’étais toujours en jean, et malgré cela, on était exposées à de la drague, parfois même qui dépassait les limites !

Passionnée de littérature, et par le fait de quitter l’Algérie pour la France afin de poursuivre mes études,
j’ai décidé d’aller passer mon examen du DALF (Diplôme Approfondi de Langue Française) afin d’avoir mon diplôme et de le mettre dans mon dossier pour Campus France.

Je suis allée bien coiffée, maquillée, habillée, je me sentais tellement bizarre, je réapprenais à avoir la confiance que je n’avais jamais eue autrefois.

Toujours était-il que dans le métro et tramway, des femmes et des hommes ne cessaient de me fixer.

Et c’est à ce moment là que j’ai osé faire l’immense pas qui devait être franchi y a de cela belle lurette !

Etre sortie de chez moi sans voile ! Contrairement à certaines, j’avais la chance d’avoir un peu qui m’encourageait, je suis sortie ainsi, malgré les critiques des voisins. A ce jour, dés que je passe, j’entends « l’ex-voilée… la pute.. la traîtresse.. Celle qui a désobéi à Dieu… », etc

J’avoue que, j’ai toujours mal au cœur, mais je me dis que, mieux vaut être comme je suis et de m’assumer, plutôt que de porter un habit qui ne me reflète pas, ou que, de le porter pas convaincue !

Depuis ce jour, j’apprends à mieux me mettre en valeur, à porter des robes, des jupes.
J’ai commencé à mettre des talons à l’âge de 21 ans, je me maquille à présent.

Je sors, je danse, je suis devenue la risée de mes cousins, j’en suis consciente, mais je préfère ça que de jouer l’hypocrite !

Des cousines qui, jadis étaient très ouvertes d’esprit, on allait à la plage tous ensemble, et maintenant, toutes voilées, et les cousins qui cherchent à se marier avec des voilées, on nous surnomme les « dénudées » ma mère, ma frangine et moi..

Je reste avec quelques cousins afin de ne pas couper tout lien familial avec eux, mais n’empêche que je n’aime pas passer mes vacances avec eux, car, chaque chose qu’une personne puisse faire, elle sera critiquée ! Et moi, sortir en vacances pour surveiller qui fait quoi, qu’est-ce qu’il ou elle porte, ce qu’elle fait, avec qui il ou elle est sorti (e), cela ne me ressemble pas !

C’est pour cette raison que, j’aspire un jour, à quitter malheureusement mon pays,

mon pays qui m’a vue naître, pour un autre pays qui, je souhaite me portera chance dans le côté études, et côté personnel, et je souhaite aussi pouvoir faire partie de votre association, car, comme je l’ai souvent dit et pensé, j’aimerais que mon histoire puisse servir à des filles comme moi, à servir de leçon…

Je vous remercie de m’avoir donné la chance de m’exprimer, le message est tellement long je m’en excuse vivement, mais j’ai vidé mon sac, un poids lourd était en moi, et pesait sur mes épaules, et je vous en remercie de m’avoir donné l’occasion de tout déballer !

En vous souhaitant beaucoup de succès, et une bonne continuation.

Bien à vous.

D…… «

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *