Bonjour je me présente brièvement.
Je m’appelle Nadir (mon prénom musulman), j’ai 52 ans je suis reconverti depuis l’âge de 39 ans et j’ai basculé dans le salafisme.
Je m’en suis sorti après plusieurs années dans le mouvement.
J’ai contacté Mme AYARI après avoir lu son livre et elle m’a convaincu de témoigner afin d’aider les autres frères et sœurs à ne pas tomber dans le piège du salafisme. Je précise que j’ai tout d’abord pratiqué un islam dit salafiste piétiste ou quiétiste, sans recours à la violence. J’avais une vie compliquée avant de devenir salafiste
J’ai grandi dans une famille catholique non pratiquante, j’ai été baptisé et élevé dans cette religion.
Je ne me sentais pas spécialement attiré cette dernière ayant toujours l’impression qu’il y avait quelque chose d’autre une vérité, mais je ne savais pas quoi encore.
A 38 ans j’ai eu un changement total de vie pour raison professionnelle et je suis arrivé en région parisienne à Villepinte.
Moi qui arrivais d’une petite ville du centre de la France c’était un dépaysement total. Bien sur je connaissais l’islam mais seulement ce que nous en disaient les médias et ce n’était pas en bien à cette époque déjà.
Du jour au lendemain je me suis retrouvé dans un univers où l’islam était la norme.
La mosquée est au centre de la ville, la quasi-totalité des gens qui travaillent avec moi sont musulmans et certains reconvertis.
Au contact permanent de l’islam j’ai essayé de m’intéresser effectivement en parlant avec les collègues. J’avais une nouvelle approche et plus agréable de l’islam que celle dont on nous martèle sans arrêt.
Étant seul, un ami du travail m’invite chez lui pour manger. Il habite à côté de la mosquée de Tremblay en France. Nous avons bien sur une discussion sur l’islam et tout ce qui est autour. Sa femme porte le voile (« un hijab » j’apprendrai plus tard ce que c’est).
A un moment il m’invite à aller à la mosquée c’est l’heure de la prière, je voulais décliner ne sachant pas ce que j’y ferais, il insiste en me disant que je ne risque rien et que je n’aurai qu’à faire comme tout le monde c’est très facile. c’était le 23 septembre, en rentrant dans la mosquée j’étais sous le charme et pour la première fois je me suis retrouvé non pas à prier, je ne savais pas mais à accompagner la prière par mes gestes au milieu des autres.
J’étais fier de moi et nous en avons parlé toute la soirée, en partant il me donne un coran et un guide pour la prière.
Dans les jours qui ont suivi j’avais lu le coran j’avais l’impression qu’il y avait les réponses à toutes mes questions, la plus belle chose que j’ai lu c’était magnifique.
Ma première réaction à été pourquoi faire des lois puisque les réponses sont là dans le Coran, dans la parole d’Allah. J’avais lu en même temps le guide pour prier et j’ai commencé à prier seul dans mon appartement.
J’en parle à mon collègue qui n’est pas surpris du tout et au contraire me félicite.
Le 14 octobre je vais à la mosquée prier pour la première fois.
A l’issue je reste et demande à voir un responsable de la mosquée, car je désire prononcer ma chahada et me reconvertir à l’islam.
L’imam vient me voir nous parlons et me dit que je peux même si je le désire venir prononcer la chahada à maghrib ce jour.
Je dois reconnaître que je ne m’y attendais pas. Alors en fin d’après midi je suis redevenu musulman et particulièrement fier de l’être remerciant Allah de m’avoir permis de découvrir la vrai religion d’avoir suivi sa lumière.
Pour moi c’était un honneur qu’il m’accordait dans sa miséricorde.
Tous les frères présents sont venus me prendre dans leur bras chacun leur tour c’était émouvant pour moi. À partir de ce moment-là ma vie a commencé à changer.
Je me suis senti entouré de frère, je me déplaçais facilement sans crainte, j’ai commencé à connaître plus de monde, dans les commerces les cafés.
Mais j’avais je pense à cette époque besoin d’autre chose, j’avais fait ma chahada, mais je ne me sentais pas encore en phase. j’en parle avec un frère qui me dit que je dois m’impliquer plus revenir au base de l’islam.
Effectivement lui portait la Sounnah.
Il me parle de la mosquée ou il va a St Denis. Il s’agit d’une mosquée Tabligh ou j’apprendrai beaucoup d’après lui. Il avait entièrement raison.
C’était courant janvier et je découvre ce lieu qui n’est ouvert qu’aux musulmans.
Il me prête un qami que je mets pour la première fois mais pas la dernière.
C’était un jeudi soir la prêche à lieux en arabe par Cheick Younes et traduite en français.
Nous restons dormir à la mosquée cette nuit là. On m’explique le fonctionnement des tablighs et le principe du Kourouj.
En raison de mon travail je n’ai fait que des Kourouj de 4 jours mais servir Allah de cette manière m’apportait beaucoup de satisfaction. Cela m’a permis d’aller porter la bonne parole un peu partout en région parisienne durant les Kourouj.
c’est une magnifique expérience mais je trouvais que je tournais en rond question religion et je me sentais de moins en moins attiré par les Tablighs.
Un frère m’a appelé pour distribuer des corans si j’étais intéressé pour l’association LIS, c’était mon premier contact vraiment avec les salafs.
Je me suis sentis en confiance à l’aise, ce sont des personnes qui vous mettent à l’aise tout de suite.
J’ai commencé à quitter les mosquées et à fréquenter les salles de prières ou les prêches étaient totalement différentes et surtout virulentes.
On a toujours l’impression qu’ils ont raison et que tout ceux qui ne partage pas notre vision sont des ennemis. Je me suis laissé pousser la barbe et ne sortais qu’en qami toujours entre frères. Je me suis mis en congé de mon employeur.
A ne plus voir ma famille à baisser les yeux devant les femmes. Pour moi une femme qui n’était pas voilée était une impure qui déshonorait Allah et les femmes.
Heureusement dans la salafya toutes sont voilés ce qui à mes yeux était une obligation. Presque tous les salafistes sont polygames dans le fond. A cette époque je considérais tous les musulmans républicains comme des mécréants.
Nous faisions le takfir contre ceux qui ne pratiquaient pas comme nous.
J’ai compris que nous n’avions pas les mêmes but petit à petit,
j’étais dans une démarche spirituelle piétiste et pas du tout dans une logique djihadiste.
J’ai vu des frères rentrer dans une mosquée et écraser avec leur pied des CD islamique. Juste par refus de la musique c’est haram. J’appris que c’était des frères de forzane alizza, dont le leader est en prison actuellement.
J’ai commencé à prendre mes distances avec la salafya, et là vous vous rendez compte qu’ils sont beaucoup moins sympathiques qu’on ne le pense.
Ils essayent de vous retenir, vous êtes menacé, le téléphone sonne en permanence et pas pour des choses agréables.
J’ai été bien heureux de trouver certains frères qui étaient restés des amis pour vous remettre les pieds sur terre.
Les attentats par la suite m’ont confirmé dans mon choix de quitter le salafistes.
J’ai toujours refusé la guerre tout en portant le qami. J’ai décidé d’en sortir un jour et j’ai tout retiré ce qui peut s’apparenter à un désengagement militant.
Je continue à me définir comme musulman mais avec une lecture critique des textes.
J’avoue je suis devenu moins assidu, je saute souvent les prières ou je les fais en retard. Certains jours même je n’ai pas le temps de prier
J’ai abandonné également mes anciennes lectures, ainsi que la fréquentation des sites communautaires
Mais ce retrait ne s’est fait pas d’un coup. Plusieurs mois sont nécessaires pour s’en sortir et avec beaucoup d’aide.
J’avais décidé d’enlever le qami et de me raser la barbe sur les conseils du père d’un frère. Je ne me reconnaissais plus alors que j’étais partisan du rigorisme. Quand je l’avais enlevé c’était une libération physique, ce qui ne veut pas dire que je me suis libéré. Car je ne me sentais encore mal. Des années sont nécessaires pour s’en sortir et je n’ai pas encore fini de faire le ménage dans ma tête. Donc je compatis avec les femmes qui enlève le voile, c’est une véritable épreuve de se remettre en question et de voir que l’on faisait fausse route et une autre pour refaire une vie normale.
C’est pourquoi, je ne soutiens pas la loi d’interdiction du niqab de 2010. La loi est contre productive, la seule solution est de s’en sortir par soi-même, l’interdire ne convaincra jamais une femme de l’enlever et c’est pareil pour se déradicaliser.
Le plus dur est l’exclusion du groupe. Depuis que j’ai quitté la salafya beaucoup de frère ne veulent plus me parler. Je les trouve hautains et injustes, car cela peut arriver à n’importe qui de changer. Je garde un goût amer de cette expérience. Je croyais aussi atteindre la perfection et donner un sens à ma vie. J’imaginais rencontrer des femmes pieuses et vertueuses à qui je ferais beaucoup d’enfants.
Au final cette période m’a fait perdre des années de vie et je manifeste ma colère contre les publications et la propagande des Wahabites
J’en veux à tout le système qui m’a endoctriné même si c’était ma volonté.
Daech profite de la naïveté de ceux et celles qui croit s’engager pour des raisons légitimes et se trouvent au final embrigadés
J’ai fait table rase de mes anciennes relations en adoptant une nouvelle identité. J’ai changé de mails de portable j’ai déménagé. J’ai repris un travail ailleurs. Le salafisme est devenu une étape dans ma vie tout simplement. Mais cette épreuve a renforcé ma croyance en Allah et je lui en suis reconnaissant à mon humble niveau.
Comme je vous l’avais dit Henda, c’est vrai ça me fait du bien d’en parler c’est une libération supplémentaire et si elle peut être bénéfique à d’autres c’est encore mieux
